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A l’origine du présent reportage, deux vidéos trouvées sur ce site anti-éoliennes, parlant d’engins installés à Estinnes, en Belgique, ont attiré l’attention de votre reporter naturiste disjoncté. Il s’agit tout simplement des éoliennes parmi les plus puissantes du monde.

Totalisant 198 m de haut pour une puissance maximale de 7,5 MW, ce sont de véritables monstres de technologie. Le parc de 11 unités est branché directement sur le réseau haute tension belge à 30 000 volts et peut alimenter l’équivalent de 50 000 foyers.

Il n’en fallait pas plus pour que j’enfourche mon vélo électrique, à la recherche de témoignages permettant de corroborer cette hypothèse selon laquelle les éoliennes seraient à l’origine de problèmes de santé, pour cause d’émission d’infrasons, ultrasons et autres nuisances.

En guise d’avant-propos, sachez que sur la route, alors que je suis encore en France, au beau milieu de la Picardie, un premier indice s’impose à moi dans un centre équestre/camping où j’échoue à la nuit tombante  : selon le propriétaire, il arrive fréquemment que les canassons (qui ne peuvent a priori être accusés d’avoir une approche partisane de la question) prennent peur quand ils approchent des nombreux engins d’environ 120 m de haut situés dans le coin, voire font carrément demi-tour.

On ne peut éliminer l’explication qui voudrait que ce sont les mouvements des éoliennes qui effraient nos amis à quatre pattes.

Qui craint le bruit des éoliennes ?

Une fois arrivé à Estinnes, les choses se compliquent. Après un repérage à base d’images satellite, je cherche la maison me paraissant la plus proche d’une éolienne. Je tombe sur un couple de retraités qui m’assure que je suis bien arrivé à destination. Leur maison est située à moins de 800 m d’un de ces machins géants (point A sur la photo satellite. NB  : les éoliennes dont on cause n’apparaissent pas encore sur la photo en question, prise en cours de construction du parc).

Capture d'cran des environs des oliennes, Estinnes

Capture d’écran des environs des éoliennes, Estinnes – Google Maps

Manque de bol, mes interlocuteurs sont absolument pro-éolien et probablement un peu sourds  : je ne peux pas compter sur eux pour mon enquête.

De toute façon, je me trouve à l’ouest du parc, non loin de Vellereille-le-Sec. Hors, les vents dominants soufflant d’ouest en est, je me transbahute donc illico au nord-est de la zone, l’endroit le plus potentiellement impacté, selon mes calculs.

Mon calvaire commence

Commence alors un véritable calvaire  : toutes les personnes que je rencontre et qui habitent le long de la très bruyante route de Mons (point B sur la photo satellite), dont la brave dame qui m’offre de camper dans son jardin, ne signalent aucune nuisance sonore liée aux engins.

La route, en revanche, les énerve beaucoup. Pire, pas mal d’entre eux trouvent les éoliennes jolies et manifestent une sorte de fierté quand ils en parlent. La rue de Bray (point C sur la photo satellite) est placée sous le même signe de l’échec.

Ce n’est que le lendemain, après une nuit passée sous la tente au pied des éoliennes, que je trouve les premiers habitants se plaignant de nuisances sonores : des fermiers situés au nord de la zone.

Au pied de l'olienne

Au pied de l’éolienne – Antoine Sachs

Encore faut-il préciser que « ces gens-là » (comme dirait Jacques Brel) n’ont pas l’air d’aimer grand-chose, et surtout pas les reporters à vélo, vu la vitesse à laquelle ils se claquemurent une fois mes intentions filmographiques dévoilées.

Mon apparence hirsute et les kilos de boue récoltés par mon vélo, lors d’une nuit épouvantablement pluvieuse et venteuse, passée sous la tente en plein milieu du parc (point D comme dodo sur la photo satellite), effraient peut-être l’agriculteur local. Mais c’est pour la bonne cause.

Nuit de rêve, entouré de faisans

Force est de constater, même si l’expérience n’a aucune valeur statistique, que je dors parfaitement au pied d’une éolienne (à 200 m «  au vent  » pour être précis, à cause de la crainte, à peine rationnelle, de me prendre une pale dans la tronche), de même que les nombreux faisans qui criaillent aux alentours. La seule catastrophe environnementale notoire du coin est l’absence quasi-totale d’insectes, pour cause d’utilisation massive de pesticides.

Le matin venu, c’est donc en pleine forme que je repars à la chasse au mécontent, avec, donc, un peu plus de succès que la veille. Je finis par interviewer une mère de famille installée à l’ouest de la zone, qui, sans économiser les «  on dit  », les «  il paraît  » et autres interjections peu scientifiques, achève de me convaincre que la résistance aux éoliennes est ici minoritaire.

Pas d’effet direct sur l’appareil auditif

A ce stade de mon enquête, quelques données concernant l’implantation d’éoliennes seront utiles à la compréhension des enjeux. Le cadre réglementaire wallon paraît à première vue moins souple qu’en France. Citons comme différence notoire, la distance minimale entre une éolienne de type industriel (plus de 2,5 MW) et une habitation  : 500 m en France, contre 700 m en Wallonie. Concernant le bruit, le niveau accepté en France est variable et tient compte du bruit ambiant, alors qu’il est fixé à 40 db(A) la nuit, en Wallonie.

En France, des études menées successivement par l’Académie nationale de médecine, puis l’Afsset, montrent que les émissions sonores des éoliennes ne génèrent pas de conséquences sanitaires directes sur l’appareil auditif. Aucune donnée disponible ne permet d’observer des effets liés à l’exposition aux basses fréquences et aux ultrasons générés par ces machines.

Tout au plus est-il suggéré, au nom du principe de précaution, d’éloigner les machines des habitations à cause des potentielles conséquences pathologiques à long terme, liées à la chronicité du bruit. L’Académie de médecine évoquait une distance de 1 500 m, mais a vu ses ardeurs tempérées par l’Afsset.

Ainsi, avec ses moins de 40 db(A) à l’extérieur des habitations, le parc d’Estinnes est largement dans les clous puisque, pour vous donner une idée, c’est à mi-chemin entre le niveau sonore d’une discussion tranquille et celui d’un chuchotement. Autant dire qu’une fois dans la maison, même avec les vitres ouvertes, c’est inaudible.

Remplacer le nucléaire

Dans les faits, la France est à la traîne sur la question éolienne, et le lobby nucléaire y est pour beaucoup, comme le soulignait récemment cet excellent pavé dans la mare (écrit par ma consœur naturiste Sophie Verney-Caillat) qui n’a pas dû plaire à notre ministre du Redressement nucléaire, Arnaud Montebourg. Mentionnons par ailleurs une spécificité française, les zones de développement éolien (ZDE) qui plombe le développement de l’éolien.

Il faudrait donc, selon mes calculs inspirés par le site Manicore de Jean-Marc Jancovici, 1 066 éoliennes géantes pour remplacer une centrale nucléaire de 2 GW et 27 313 pour évacuer l’atome au niveau national.

Il y a en France 36 697 communes, ce qui veut dire qu’il faudrait 0,74 éolienne en moyenne par commune pour atteindre cet objectif. Ce chiffre correspond à l’énergie qui serait réellement produite par les éoliennes géantes, plus rentables que leurs petites soeurs, si elles étaient installées dans les zones bien venteuses (nombreuses en france). Il prend en compte les variations du vent mais pas la question du stockage de l’électricité pour amortir ces variations.

Il ne s’agit pas de conclure que le vent souffle en permanence et de la même façon partout en France, c’est plutôt pour donner un ordre de grandeur du total d’éoliennes géantes qu’il faudrait, dans l’absolu, pour produire sur un an la même quantité d’électricité que le parc nucléaire français.

Dans la pratique, la solution passe en réalité par une multiplication des sources d’énergie renouvelables, par la recherche concernant le stockage d’électricité sous forme d’hydrogène et par un réseau bien plus maillé que l’actuel, centré sur la distribution d’électricité nucléaire.

 

La musique de la Chronique Sans Carbone est signée Mathieu Lamboley