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Autant l’avouer d’emblée, malgré la forte luminosité qui règne au col de Sarenne, tout n’est pas très clair dans la guéguerre picrocholine qui oppose un écolo déjanté aux forces « pétrolistes ». Nous allons ici tenter d’éclaircir ce qui a motivé la visite des gendarmes au refuge de Fabrice.

Nonobstant le risque de me faire manipuler par un camp ou par l’autre, je décide de mettre les pieds dans le plat, avec la mauvaise foi et l’absence d’objectivité caractérisant cette rubrique.

Ski, battes de base ball et autres histoires de dynamite

Qui a cassé la figure de Fabrice il y a cinq ans ? Cela restera probablement un mystère, bien qu’il ait à l’époque porté plainte.

Notre personnage principal a le profil idéal pour alimenter la lutte imaginaire entre naturistes et pétrolistes, mais n’attendez pas que je démêle le vrai du faux dans ce conflit inextricable.

Après une visite au poste de gendarmerie de l’Alpe d’Huez (non filmée), pas moyen non plus de connaître les raisons des visites régulières de la gendarmerie au col de Sarenne. On me renvoie à un bled situé 40 km plus loin. Inutile : selon des sources concordantes, il me faudrait pédaler jusqu’à la préfecture pour en savoir plus. J’ai eu la flemme.

Difficile aussi de dégager un semblant de vérité concernant la question des avalanches qui bloquent la route. La fiction pétrolisto-naturiste aime les histoires d’hélicoptères lanceurs de dynamite. Mais dans le monde réel, qui croire  ?

Montagne pelée

Naturelles ou pas, on retiendra de ces histoires d’avalanches que la montagne est de plus en plus lisse, du fait de son adaptation à l’industrie du loisir. La végétation, qui retient habituellement les plaques de neige, est progressivement ratiboisée, ce qui augmente considérablement les risques de coulée.

Cet embrouillamini local filmé début avril a au moins le mérite de poser les questions qui fâchent, alors que la saison hivernale s’achève.

 
L’Alpe d’Huez assume sa pollution

Fabrice a raison de pointer les enjeux, plus généraux, du sort de ces montagnes que l’on rend accessibles aux foules. A ce titre, l’Alpe d’Huez est un exemple parmi d’autres et ces questions se posent aussi aux Deux Alpes, aux Arcs, à Val Thorens, Tignes, Val d’Isère, etc. Avec des effets souvent désastreux sur l’environnement.

Comme le souligne la blogueuse Claude Comet, la surexploitation de la montagne doit cesser. Dans le prochain épisode, je vous parlerai de l’association Mountain Wilderness. Bref  : si vous continuez de skier à la papa, au moins, prenez le bus  !

A l’Alpe d’Huez, royaume du parking, des 923 canons à neige et des buildings à forte déperdition de chaleur, les questions écolos sont tout ce qu’il y a de plus secondaires. Malgré une communication récurrente sur les « 300 jours de soleil par an », l’énergie solaire y est pour ainsi dire inexistante, alors que des panneaux thermiques permettraient chaque année de sérieuses économies de gasoil.

Eoliennes, rationalisation de l’entretien du domaine skiable, limitation de l’accès aux voitures, mise aux normes du parc immobilier vieillissant, sont autant de pistes fermées à l’Alpe d’Huez. Inutile, donc, de vous servir la soupe des officiels de la ville concernant les grandes avancées en termes de responsabilité environnementale  : rien de concret dans ces annonces, pas même le moindre petit skidoo électrique.

Panorama  l'Alpe d'Huez

Panorama à l’Alpe d’Huez – Antoine Sachs

La logique locale est de sauvegarder l’économie et les emplois coûte que coûte, fut-ce au détriment de la nature. C’est un argument difficile à parer, sous peine de passer pour un affreux idéologue plus soucieux des marmottes que de ses congénères humains.

On conçoit donc tout à fait qu’une bande d’entrepreneurs locaux soit bien décidée à continuer le bétonnage, ou encore le tout gasoil, dont la consommation dépasse le millions de litres, si l’on additionne les engins à chenille et le chauffage urbain.

La neige se retire toujours plus haut

Une seule certitude  : le temps devrait se charger de rendre la tâche très difficile aux acteurs du tourisme alpin, avec une neige qui se retire toujours plus haut dans la montagne, pour cause de réchauffement climatique. Le propriétaire du refuge de Sarenne le résume en une phrase :

« La montagne est un gisement économique en pleine mutation et il va falloir s’y adapter. »

Dans le prochain épisode, j’irai à 3 100 m d’altitude retrouver Nathalie et Fredi Meignan, les gardiens du refuge du Promontoire, au cœur du parc national des Ecrins.

Quant à la question de l’énergie libre, comme vous l’avez constaté, bien que sceptique, j’ai relevé le pari de Fabrice et tenterai donc, cet été a priori, une montée de l’Alpe d’Huez avec une batterie minuscule et son système à haut potentiel perlimpinpinesque. Advienne que pourra  !

 

https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-chronique-sans-carbone/20120511.RUE9901/dans-l-energivore-alpe-d-huez-defenseurs-des-emplois-et-de-la-nature-s-affrontent.html