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Si vous êtes fan de prospective et que vous écumez les magazines d’architecture pour trouver le bâtiment écolo par excellence, ne cherchez plus. La maison du futur est perchée à 2 000 m d’altitude, à quelques kilomètres de la station de ski ultra bétonnée de l’Alpe d’Huez.

Le refuge de Sarenne en hiver

Le refuge de Sarenne en hiver – Fabrice André

En guise d’apéritif, la Chronique sans carbone débute avec un petit Paris-Grenoble à vélo électrique, qui, à défaut de prouver quoi que ce soit, m’a permis de me chauffer les jambes avant l’arrivée dans les Alpes.

Le refuge du col de Sarenne, dix-huit couchages, construit en 2003 par Fabrice André et une bande d’ex-prisonniers en réinsertion, est un bâtiment en bois brut, doté d’une kyrielle de moyens de production d’énergie, au point que l’on ne parle plus de bâtiment passif, mais de bâtiment positif.

Fabrice Andr

Fabrice André

L’architecture du chalet y est pour beaucoup. Fabrice a utilisé des «  logs  » en guise de murs, c’est à dire des troncs coupés sur trois côtés, mais dont la partie en contact avec l’extérieur est restée arrondie et non taillée. «  L’idée est de piocher en priorité dans ce qui est directement utilisable  », clame Fabrice, en désignant cette structure multicouche concentrique, que les arbres ont privilégiée au cours de leur évolution. Il s’extasie  :

« Le meilleur ingénieur, c’est la nature  !  »

Pour découvrir ce personnage étonnant, une seule solution : regardez le deuxième volet de cette chronique.

Depuis neuf ans, les défenses naturelles du bois, renforcées par une mixture à base d’huile de lin et de cire d’abeille, ont parfaitement protégé les murs face aux intempéries très agressives de la montagne. Et 60 cm de bois brut forment une isolation au-delà de toutes les normes actuelles. La toiture en lauze massive isolée par de la laine de chanvre achève de transformer l’endroit en bunker thermique.

Bien sûr, tout n’est pas 100% « bio » dans ce refuge  : un groupe électrogène bidouillé traîne dans une remise, les différents chasse-neige, mini-bus à chenilles et autres moto-neige exhalent leurs vapeurs d’hydrocarbures sur le terre-plein, gâchant un peu la vue sur la mythique montagne de la Meije. Le petit 4×4 électrique dont les batteries ont rendu l’âme pour cause de températures polaires, n’est très joli non plus.

Bricolage compulsif

Pour ce qui est de l’électricité, Fabrice a atteint l’autonomie totale  : il n’est tout simplement pas connecté au réseau EDF. Panneaux solaires thermiques et photovoltaïques, éoliennes à axe vertical, pico-turbines servant à récupérer l’eau qui coule quand on ouvre un robinet, micro-centrale électrique récupérant l’énergie d’un torrent de montagne (avec quelques soucis quand une bande de grenouilles choisit de squatter la turbine), chaudière à gazéification couplée à un moteur Stirling, sont autant de technologies combinées ici efficacement.

Eolienne  axe vertical

Eolienne à axe vertical – Fabrice André

De la même manière qu’ERDF scrute en permanence l’état du réseau électrique français, Fabrice, seul en son royaume, doit contrôler à chaque instant l’équilibre de son réseau privé. Heureusement, quelques automates veillent au grain, dissipant d’éventuelles surcharges dans des convecteurs répartis un peu partout dans le bâtiment. Mais aux débuts de l’histoire du refuge, Fabrice le concède, tout n’était pas simple. Il rigole en se rappelant :

«  On a eu quelques départs de feu dans les armoires électriques. »

Pour ceux qui ne le savent pas, l’électricité est difficile à stocker, il faut donc de préférence produire en temps réel ce que l’on consomme, sous peine de casse-tête garanti. En plus d’un parc de batteries classique, Fabrice a fabriqué une sorte de barrage maison : il pompe de l’eau vers une retenue en amont quand il a des électrons en rab, pour la faire couler vers sa micro-centrale hydraulique quand ni le vent ni le soleil ne sont au rendez-vous.

Le stockage de l’énergie en général est une des nombreuses lubies de Fabrice. Ainsi, il stocke la chaleur issue de ses panneaux solaires thermiques grâce à un procédé chimique comparable à celui qu’on trouve dans les chaufferettes vendues en pharmacie. En quelques secondes, bien plus vite qu’un cumulus électrique, ce procédé permet de faire gagner quarante degrés à une cuve de flotte de 500 litres. Surprenant.

Les bidouilles écologiques de ce refuge-laboratoire sont innombrables et parfois controversées, comme quand Fabrice parle de «  l’énergie libre  ». Je vous épargne les détails sur le compostage, la fabrication de briques de combustible à partir du résultat séché des toilettes à tri séquentiel, ou le bassin de phyto-épuration…

Potager chauff par des tuyaux souterrains,  2 000 m

Potager chauffé par des tuyaux souterrains, à 2 000 m – Fabrice André

Des relations tendues avec les mairies

Pour résumer, on conçoit assez bien que l’autonomie est possible quand le soleil de juillet arrose généreusement les panneaux solaires. On l’imagine moins au cœur du blizzard avec ses éoliennes prises par les congères, quand la température atteint les – 40°C, période où le chalet consomme le plus d’énergie. Le système complexe que Fabrice a créé nécessite d’être maintenu impérativement hors gel, faute de quoi, en quelques heures, surviendraient des dommages irréversibles.

La chaudière à gazéification, pièce maîtresse du dispositif de Fabrice, sert pour brûler non seulement du bois, mais aussi ses déchets secs non-compostables y compris du plastique, ce qui lui vaut aujourd’hui une fermeture.

Ses relations pour le moins tendues avec les mairies de Clavant et de l’Alpe d’Huez sont elles aussi à prendre en compte dans cette histoire. C’est ce que l’on verra la semaine prochaine dans le troisième épisode.

 

https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-chronique-sans-carbone/20120425.RUE9525/dans-les-alpes-le-refuge-de-fabrice-grouille-de-bidouilles-ecologiques.html